samedi 5 janvier 2008

Invitation au Voyage

Depuis Octobre, j'occupe ce palais blanc, château vide qui peine à se remplir. L'incendie, les divers rebondissements de ma vie ces derniers temps m'ont poussée à ce déménagement hâtif : je voulais trouver du renouveau, à l'image du dehors, où je cherchais à m'approprier une nouvelle maison, une nouvelle pièce, alors que je retrouvais peu à peu les affaires, les livres éparpillés, ça et là. A présent que tout a plus ou moins retrouvé une place, je ne ressens plus vraiment le besoin de consigner des bouts de vie, à l'instantanée, au fil des jours. J'ai envie de dire et d'exposer encore beaucoup de choses, mais plus comme ça. Finalement, l'instabilité dernière de mes blogs reflétait bien celle de ma vie quotidienne, où il fallait jongler entre le travail, les emplois du temps, la santé, le déménagement, etc.

Tout ça pour dire que je quitte déjà mon palais des pluies, pour retourner exclusivement à mes carnets. J'adresserai tous mes billets à ~Plumes~ , élargissant les thèmes du blog pour y parler de tout ce qui peut me passer par la tête. La scission de ces deux espaces (blog régulier et blog de lecture) me semblait une solution pour éviter le dispersement ; à présent, l'effet est tout à fait contraire. Je préfère donc me concentrer sur ce seul domaine et abandonner Lethë, qui n'aura pas vécu bien longtemps.




Que dire de plus, sinon "à bientôt" ?



*Sourire*

Image : La Esmeralda, lithographie de Bouvier

mercredi 2 janvier 2008

Intermède

Depuis deux courtes semaines, temps de vacances. Où il est possible enfin de se poser et de ne plus penser aux contraintes administratives, aux contrôles, à la fatigue. J'ai l'impression de n'avoir pas eu de répit depuis Mars dernier, dans la succession folle des évènements qui se sont peu à peu accumulés. Alors, à présent qu'il me reste un petit mois de relâchement, je disparais d'un peu partout. Je lis des choses délicieusement désuètes et pas toujours sérieuses, je relis de gros livres expédiés sans grande considération l'année dernière. J'ajoute à cela une étude mêlant soigneusement danse et littérature, parce que ce domaine là m'intéresse tout particulièrement - après tout, qui sait, plus tard ... ? J'oublie un peu l'existence du monde autour de moi, des sphères Internet qui me paraissent assez lointaines parfois. Mais qu'importe, je ne me sens pas d'obligations précises ... Ou je limite encore ce qui pourrait tenir lieu d'obligations au simple plaisir. Pardonnez mes mots maladroits, je n'ai pas écrit depuis un certain temps finalement ... Il faut dire que parfois cela me manquait, et que j'aurais pas mal de choses à conter, ça et là. Mais tout viendra en son temps. Pour l'heure, je retourne à mon quotidien volontairement oisif sans trop penser à l'avenir.




Au fait, bonne année, le blog. Bonne année, vous.

mercredi 28 novembre 2007

Les petits justes

"Sur la maison du rire
Un oiseau rit dans ses ailes.
Le monde est si léger
Qu'il n'est plus à sa place
Et si gai
Qu'il ne lui manque rien."


Entre deux lecture du cours de Médiévale, je me "pause" un instant. Silence ou soupir entre les croches ; arrêt, suspens, repos. Et je glisse quelques mots dans un coin de blog, furtivement, comme un billet secret que l'on envoie discrètement. Non ce n'est pas moi, vous voyez bien que je suis en train de travailler. Je suis une enfant.
Tellement que je mange des Smarties, bonbons colorés au chocolat, des petits pralinés, et un ou deux rouleaux de réglisse. Je suis presque sage, je bois du coca light. Bon à part ça, avant de faire escale en ces lieux, je plongeais dans les notions de mouvance du texte, d'horizon d'attente, dans les sens oubliés du verbe traire, dans les diphtongaisons spontanées romanes et franciennes et dans la nasalisation. Aujourd'hui, je bois le cours le plus passivement possible, dans l'attente d'une mi-libération demain. Ces derniers temps, il faut avancer doucement, vivre au jour le jour, sans se laisser prendre par les angoisses extérieures.
A côté, je nourris quand même des envies et des projets. Pour les jours de Décembre qui approchent petit à petit. Je rêve de lectures à voix haute en sa compagnie. Bercée par sa voix, entrainée au fil des mots, blottie contre lui. Je songe à une journée parisienne, avec peut-être un théâtre, ou peut-être un musée ... Surtout pour l'emmener dans le quartier Latin où j'ai vécu huit mois de ma vie et où nombre de souvenirs gambadent encore, le long des rues. Je voudrais aussi lire, étudier, revoir, en un mot travailler, mais selon cet idéal d'épanouissement et d'enthousiasme que nous avons tous deux. Simplement aussi, passer des moments à ses côtés, en dehors de la fac vert-et-gris, à parler de choses et d'autres, surtout de n'importe quoi -mais un joli n'importe quoi. Patience ...


Image : Klimt
Mots choisis : Eluard

mercredi 21 novembre 2007

Tardives floraisons.


"En ces fleurs que le soir mélancolique étale,
C'est l'âme des printemps fanés qui, pour un jour,
Remonte, et de corole en corole s'exhale,
Comme soupirs de rêve et sourires d'amour."




J'investis de nouveau mon grand palais vide, peut-être plus sereinement que pour les précédentes notes. Il faut dire que je peux dès à présent me constituer de nouveau une bulle qui m'entoure, environnée de mes idées et de mes rêveries. Avant, les mots que j'essayais de sortir faisaient leurs premiers pas maladroitement, englués d'un réel pâteux, grignotés par les bruits parasites. Ce n'est que maintenant que je gagne un peu ma tranquillité. J'ai même retrouvé un outil de travail avec l'apparition d'Evandre, un nouvel ordinateur, qui succède au pauvre vieux Tibulle, malmené par l'incendie, l'humidité et le froid du dehors et les multiples déplacements. Je retrouve donc un cadre agréable afin de créer mon espace propre, où je peux être à moi, me faire particulièrement le cour et où me cacher ...

C'est enfin l'occasion de revenir sur ce qui se passe dans ma vie. Les visages autour de moi ne sont plus du tout les mêmes, l'environnement dans lequel j'évolue semble soudain s'être transformé. Les obscurités de l'hiver ont succédé aux langueurs d'automne et au soleil d'été. Je finis par avancer, sans toujours m'en rendre compte. Je nourris des projets, je songe à des bonheurs simples et proches. J'ai de nouveau cette envie de bouger, de flâner distraitement dans les rues parisiennes, ou même ailleurs, l'on ne sait trop où. J'ai des piles de livres et des envies de lectures, le moins scolaires possible. Sans un minimum de Lettres disséminé ça et là, je dépéris, je m'enferme dans un silence maladroit, je finis même par me sentir tout à fait perdue ...
J'aime jouer à cache-cache avec la réalité et ses obligations. J'aime me dissimuler dans un coin, un bon livre à la main, et oublier pendant une heure ou deux qu'il y a quelque chose qui tourne, qui frémit, quelque chose qui vit en dehors de ces mots que je suis en train de lire. L'ouvrage refermé, je lève les yeux, et retourne à moi, retourne au monde. Pourtant, ce n'est au final qu'une demie-fuite, car même dans ma cachette, je ne peux m'empêcher de guetter de temps à autres, pour vérifier que tout n'est pas trop loin de moi. Quand j'étais petite, j'aimais bien jouer à cache-cache, mais malgré tout, je trouvais ce jeu assez angoissant : j'avais toujours peur que l'on ne me trouve pas et finalement, que l'on renonce à me chercher et que l'on m'oublie. Alors je finissais toujours par sortir un peu de la cachette que je m'étais trouvé et par crier pour sentir de nouveau les gens présents, pas trop loin de moi.

Le Pétroucha dort paisiblement sur le lit, à côté de moi. Peluche de chiffon, il s'étire paresseusement, bâille, et ferme de nouveau les yeux. Aujourd'hui est le troisième jour de repos que je me suis offert, pour me remettre un peu du rythme épuisant du semestre. Demain, je retournerai en cours, pour le jour de mon anniversaire, et je serai déjà un peu moins inquiète, un peu plus reposée. En général, les choses sont de moins en moins tumultueuses, et entre les vaguelettes, j'aperçois comme la possibilité d'un quotidien plus calme et moins épuisant. Je conjugue sans trop de maladresse encore retour aux sources et soif de nouveauté, à travers la simple envie de m'épanouir et d'aller de l'avant autant qu'il m'est possible. Tout ça, c'est aussi grâce à lui, parce qu'il est présent à mes côtés, qu'il m'aide énormément - bien plus que je n'aurais osé imaginer - et qu'il me permet d'affronter tout ça plus sereinement.

J'aurais des sommes d'impressions à consigner, mais pour l'heure, je vais me taire et retourner à mes occupations. Toujours est-il que je me sens bien mieux après ces trois jours passés au ralenti, où j'ai de nouveau lu par envie et par plaisir, où je me suis laissée bercer par des morceaux divers, de tous styles et de toutes provenances.


Pour mon anniversaire, ma mère m'a ramené une orchidée qui trône à présent au dessus de ma petite bibliothèque. Formes épurées, elle s'élève, déployant ses coroles fragiles.


Image : badoitrouge & benoiton
Morceau choisi : Wolverine - This Cold Heart On Mine

jeudi 8 novembre 2007

Dance of the Earth




Dépassée par les évènements, oppressée par le bruit ambiant {bourdonnement infini et éclats de voix} je me réfugie devant un ordinateur étranger. Tibulle est encore plus ou moins en convalescence. Simplement, j'ai eu la bonne idée de me plonger dans des morceaux que j'avais depuis longtemps délaissés. J'avais, je crois, besoin d'un morceau du défoulement, ou plutôt du déferlement ; un morceau aux couleurs vives, vif et impétueux, à l'image d'une bourrasque de vent. Un morceau qui donne envie de se mettre soudain à danser, n'importe comment, dans des mouvements aussi peu pensés que possible et de se libérer, les yeux levés vers le ciel, en tournoyant sur soi-même jusqu'à ce que le monde autour s'estompe, disparaisse. C'est ce désir là que je ressens en écoutant les envolées de la Danse Macabre de Camille Saint-Saens, alors j'essaie de vivre cette frénésie au travers de mon imagination, autant que je peux, malgré les incursions du monde, les cris, les sonneries de téléphone, les sursauts de vie tout autour de moi. Non, moi j'essaie juste de me laisser transporter par ce flux indocile et ...

Je ne sais pas trop décrire ce que je ressens, ce que je me représente à l'écoute de ce morceau. Je vois des processions dansées, des amas de corps perdus dans le chaos du pur mouvement. Dans leur sauvagerie, dans leur pureté aussi ... Je vois des fées qui emmènent l'homme imprudent sur des chemins perdus. Courant autour de lui, volées d'ailes d'oiseau, musiques tonitruantes, airs de fête. Un mélange de couleurs tendres et de teintes criardes. Cela n'engage que moi, avec ma représentation toujours très visuelle de la musique, mais j'aime l'atmosphère contrastée et un peu brouillone de ce morceau.

Il suffirait de se laisser entraîner, les yeux mi-clos, sur la route du roi des fées. Gare toutefois aux appels des autres hommes. Un instant, rien qu'un seul, et le sentier magique disparaît sous vos pieds ...



Image : Chagall
Morceau choisi : Saint Saens - Danse macabre
suivi de Stravinski - Spring Round Dances


mardi 6 novembre 2007

Diphtongaisons spontanées



Ce soir, en revenant de la fac, je me suis encore endormie dans la voiture ; le long ruban rougeâtre des voitures qui filait devant nous, les maisons assombries qui semblaient flotter tout autour, dans la nuit déjà bien installée. En général, je reste éveillée au retour, pleine des impressions de la journée, mais ces jours-ci, je me laisse prendre par la fatigue, peut-être par la lassitude aussi. L'année dernière, arrivée inopinément, en toute fin d'année, pleine de l'angoisse des rattrapages et d'une certaine confiance arrachée à mon départ de prépa, je n'avais pas trop eu le temps de me poser un instant et de constater les choses. J'arrivais naïvement, en me disant qu'ici, au moins, je pourrai m'épanouir, et prendre un peu le temps, pour ne plus me fatiguer inutilement. A présent que je suis là depuis le début de l'année, je suis bien moins enthousiaste, pour ne pas dire que je suis assez largement lasse de tout ce qui arrive autour de moi. Enjambement des semestres, mauvaise organisation, désintérêt des étudiants, peu importe les raisons au final, je constate juste que je ne m'y sens pas bien. Je cumule un mélange informe de fatigue et d'ennui : les heures se noient dans un emploi du temps éprouvant, où les semaines se suivent presque sans interruption, avec des contrôles continus disséminés ça et là, on nous demande de réaliser le parfait recrachage, qui sans en avoir trop l'air répète sagement les énoncés des cours. Je m'ennuie, à vrai dire, mais je me sens aussi écrasée par des masses de travail d'assimilation, sans avoir la possibilité de lire, d'approfondir autant que je le voudrai les points qui me paraissent intéressants. Je me sens embourbée dans ce travail régressif, et ne me sens pas toujours à ma place. Je ressens à présent l'énorme décalage entre l'université et la prépa, sans savoir finalement trancher : quel est le moins néfaste des deux ? Après tout, je ne mange plus normalement le midi, j'ai à gérer des situations extrêmes, avec des cours voire des examens le midi, alors physiquement je m'affaiblis. J'en viens à craindre une situation similaire à celle de l'année dernière, quand la prépa déséquilibrait ma vie et mes résultats.

Enfin malgré cela, nous sommes déjà en Novembre, la fin de ce semestre n'est finalement plus très loin. C'est assez drôle, car à mes yeux Novembre marque l'entrée effective dans l'année, avec Septembre et Octobre, mois du début de l'automne, mois de démarrage et d'adaptation. Avec Novembre, la rupture avec les beaux jours est consommée, le froid se fait plus insistant et le matin comme le soir, c'est accompagné de nuit que l'on entre ou que l'on sort de la fac. L'hiver approche, on sent les premiers soupirs. Novembre est aussi un mois d'anniversaire, une période où les premières minauderies de Noël apparaissent dans les vitrines, supplantant les dernières citrouilles d'Halloween, quand elles ne sont pas oubliées. Je l'aime bien quand même, ce mois ; il marque en quelque sorte une transition vers des périodes festives. Peu importe leur portée commercialo-niaise ou religieuse, mais Décembre au moins est un mois plus riche en lumières. Enfin s'annonce le renouveau et la fin du semestre. J'ai pas mal d'espoirs quant à la nouvelle année, qui promet de plus longues vacances, la fin des examens, des projets communs, bref l'opportunité de s'arrêter et de se reposer un instant. L'occasion aussi de reprendre goût au travail, dans ce qu'il a de gratuit, de choisi, de non imposé.

Toujours est-il qu'en attendant, il faut faire face au rythme brinquebalant de la fac, aux sujets déguisés en dissertations, aux questionnaires de cours, à l'attitude de la plupart des étudiants, au travail toujours considéré comme une contrainte, et souvent une contrainte un peu vaine. Enfin j'ose penser que si je retrouve un peu de ma volonté en fouillant dans les cartons non déballés, je me sentirai déjà mieux, plus à l'aise avec moi-même, dans cet environnement qui ces derniers jours, me semble particulièrement hostile. Après une semaine de vacances où le temps a filé et où la réalité de l'université et du quotidien m'a délicieusement échappé, je traverse comme un passage à vide. Ce ne sera peut-être que l'affaire de quelques jours, d'une semaine ou deux. D'ici peu, je le tromperai bien d'une façon ou d'une autre, cet ennui ... Je l'espère. Le temps de traverser un pont fragile et instable, enveloppé du brouillard froid de l'hiver. Demeure le doux frémissement de l'eau et le bruissement des arbres endormis, imperturbables. Les choses sont ce qu'elles sont, et il suffit parfois d'un lever de soleil, d'une vieille maison flattée par la lumière du jour, d'un de ses sourires, et les choses reprennent leur cours, bien plus sereinement.

Image : L'ennui par ypb

samedi 20 octobre 2007

Mandarine



Dans une demie-heure environ, je pars à la gare ; cela fera la première fois que nous nous voyons en dehors des bancs de la fac, là où tout autour de nous existe bien trop fort. J'attends, après quelques péripéties, à cause des grèves de train. C'est un peu étrange, et difficile, de se faire à sa "nouvelle vie", où tout ou presque s'est radicalement transformé. J'espère à présent échapper un peu aux métamorphoses.
Là à présent, je l'attends avec impatience, non sans appréhension. J'ai vraiment envie d'essayer de construire quelque chose qui résiste aux intempéries du dehors. Pour l'instant, je plane encore assez dans les limbes éthérées sans trop comprendre ce qui m'arrive, mais je sens que le train des choses a quelque peu ralenti ... Je peux donc me permettre ces légers retards, j'entrevois encore tout à l'horizon, à présent. Alors je flâne, je grapille ça et là des morceaux de temps, au gré des envies. Je rêvasse en contemplant les villages aux vieilles maisons, en rentrant chaque soir, sous les dernières lueurs du crépuscule. Je défends comme je le peux ma petite surréalité, une surréalité à ma mesure, une alcôve fragile où je me réfugie beaucoup en ce moment. Le réel me semble parfois agressif, mais surtout risible et un peu lointain. Ca fait du bien de s'y retrouver, loin des froideurs d'hiver. Enfin, il va être temps pour moi de partir le chercher. Je ne comprends pas bien ce qui m'arrive, mais je suis heureuse.

Morceau choisi : Sheller - Mon hôtel