"En ces fleurs que le soir mélancolique étale, C'est l'âme des printemps fanés qui, pour un jour, Remonte, et de corole en corole s'exhale, Comme soupirs de rêve et sourires d'amour."

J'investis de nouveau mon grand palais vide, peut-être plus sereinement que pour les précédentes notes. Il faut dire que je peux dès à présent me constituer de nouveau une bulle qui m'entoure, environnée de mes idées et de mes rêveries. Avant, les mots que j'essayais de sortir faisaient leurs premiers pas maladroitement, englués d'un réel pâteux, grignotés par les bruits parasites. Ce n'est que maintenant que je gagne un peu ma tranquillité. J'ai même retrouvé un outil de travail avec l'apparition d'Evandre, un nouvel ordinateur, qui succède au pauvre vieux Tibulle, malmené par l'incendie, l'humidité et le froid du dehors et les multiples déplacements. Je retrouve donc un cadre agréable afin de créer mon espace propre, où je peux être à moi, me faire particulièrement le cour et où me cacher ...
C'est enfin l'occasion de revenir sur ce qui se passe dans ma vie. Les visages autour de moi ne sont plus du tout les mêmes, l'environnement dans lequel j'évolue semble soudain s'être transformé. Les obscurités de l'hiver ont succédé aux langueurs d'automne et au soleil d'été. Je finis par avancer, sans toujours m'en rendre compte. Je nourris des projets, je songe à des bonheurs simples et proches. J'ai de nouveau cette envie de bouger, de flâner distraitement dans les rues parisiennes, ou même ailleurs,
l'on ne sait trop où. J'ai des piles de livres et des envies de lectures, le moins scolaires possible. Sans un minimum de Lettres disséminé ça et là, je dépéris, je m'enferme dans un silence maladroit, je finis même par me sentir tout à fait perdue ...
J'aime jouer à cache-cache avec la réalité et ses obligations. J'aime me dissimuler dans un coin, un bon livre à la main, et oublier pendant une heure ou deux qu'il y a quelque chose qui tourne, qui frémit, quelque chose qui vit en dehors de ces mots que je suis en train de lire. L'ouvrage refermé, je lève les yeux, et retourne à moi, retourne au monde. Pourtant, ce n'est au final qu'une demie-fuite, car même dans ma cachette, je ne peux m'empêcher de guetter de temps à autres, pour vérifier que tout n'est pas trop loin de moi. Quand j'étais petite, j'aimais bien jouer à cache-cache, mais malgré tout, je trouvais ce jeu assez angoissant : j'avais toujours peur que l'on ne me trouve pas et finalement, que l'on renonce à me chercher et que l'on m'oublie. Alors je finissais toujours par sortir un peu de la cachette que je m'étais trouvé et par crier pour sentir de nouveau les gens présents, pas trop loin de moi.
Le
Pétroucha dort paisiblement sur le lit, à côté de moi. Peluche de chiffon, il s'étire paresseusement, bâille, et ferme de nouveau les yeux. Aujourd'hui est le troisième jour de repos que je me suis offert, pour me remettre un peu du rythme épuisant du semestre. Demain, je retournerai en cours, pour le jour de mon anniversaire, et je serai déjà un peu moins inquiète, un peu plus reposée. En général, les choses sont de moins en moins tumultueuses, et entre les vaguelettes, j'aperçois comme la possibilité d'un quotidien plus calme et moins épuisant. Je conjugue sans trop de maladresse encore retour aux sources et soif de nouveauté, à travers la simple envie de m'épanouir et d'aller de l'avant autant qu'il m'est possible. Tout ça, c'est aussi grâce à lui, parce qu'il est présent à mes côtés, qu'il m'aide énormément -
bien plus que je n'aurais osé imaginer - et qu'il me permet d'affronter tout ça plus sereinement.
J'aurais des sommes d'impressions à consigner, mais pour l'heure, je vais me taire et retourner à mes occupations. Toujours est-il que je me sens bien mieux après ces trois jours passés au ralenti, où j'ai de nouveau lu par envie et par plaisir, où je me suis laissée bercer par des morceaux divers, de tous styles et de toutes provenances.
Pour mon anniversaire, ma mère m'a ramené une orchidée qui trône à présent au dessus de ma petite bibliothèque. Formes épurées, elle s'élève, déployant ses coroles fragiles.